La soirée de clôture par Mathieu Olingue
Vivez la soirée clôture, au parc expo au travers des images de Mathieu
Vivez la soirée clôture, au parc expo au travers des images de Mathieu
Racontez nous vos premiers pas dans le domaine musical. Des influences ?
20Syl : Pour commencer Hocus Pocus est un groupe qui a une dizaine d’années. On s’est dirigé vers le hip hop car c’est un style qui en recycle beaucoup d’autres qui nous plaisent : jazz, soul & funk ; au moyen du sampler, du scratch…
J’ai débuté dans la musique en jouant dans des écoles de solfège : de la flûte à bec, trompette, percussions, vibraphone. Mais la vraie révélation a été mon premier sampler, et mes premières machines qui me permettaient de réunir tous les instruments que je kiffais.
David : Je suis plutôt un “illettré musical” ! Pour ce qui est de mon parcours …Je chante et joue de la guitare depuis toujours.
J’aime les sonorités chaudes, la musique latine et mes influences vont du blues au reggae.
Les références d’HP sont multipliées par 6 puisqu’on est 6 musiciens. Je dirais que le groupe s’est basé sur le hip hop américain, et en particulier New Yorkais (hip hop de “l’âge d’or”, entre 1993 et 2000). Je pense à des groupes comme « De la Soul », « Jungle Brothers», des pionniers de la fusion jazz.
On tend aussi à aller chercher des samplers originaux, et là je pense à « Bob James », « Joe Sample », « Miles Davis » qui demeurent de gros classiques incontournables.
Pour les textes on s’inspire plus des chansons et artistes français comme « Brel » et « Brassens », en passant par des artistes plus actuels comme « Sanseverino » et « -M-». Je considère ces artistes comme étant particuliers, et ayant une “forte” écriture.
Et les rencontres qui ont donné naissance à Hocus Pocus ?
La première formation d’HP a vu le jour avec deux potes de collège et peut être même de maternelle !
Après on a rencontré Greem au lycée, et les autres musiciens un peu plus tard, et un peu “everywhere” ; dans des jams ou par le biais de connaissances communes. Par exemple, j’ai rencontré David grâce à un pote qui faisait du skate avec moi. Ce qui est sur c’est qu’on a jamais fait de casting pour trouver nos musiciens, tout s’est fait au feeling !
En quoi Place 54 est différent de votre ancien opus 73 Touches ?
Place 54 est beaucoup plus proche du live, et les gens comprennent mieux l’articulation entre le live et le disque. Ce dernier disque est aussi plus acoustique et ouvert en termes de genres musicaux ; on y retrouve de la musique africaine, latine, & du blues.
Y a t-il des messages récurrents dans vos morceaux ?
Il n’y a pas vraiment de messages récurrent mais plutôt une manière, une optique récurrente d’aborder des thèmes; au moyen de décalage, d’ironie, d’humour, de dérision, et d’autodérision. L’autodérision ?! On n’aime pas traiter des sujets sans s’y intégrer directement, sans se critiquer. Et pour ce qui est des thèmes ils peuvent être très sérieux comme très légers. Le morceau Smile n’a rien de sérieux mais il nous plait de part sa gaîté et ses couleurs. A contrario j’ai écrit le morceau Quitte à t’aimer en pleine période électorale, dans lequel je m’adresse à la France comme à un ami. Ce morceau transgresse, de mon point de vue, les barrières humoristiques et se voit plus percutant.
En tous les cas on s’essaie à traiter des sujets toujours de manière positive, quel qu’en soient leurs natures, et en gardant tout de même cette volonté de faire réfléchir les gens.
Accordez vous du temps à l’optique, au jeu visuel de vos morceaux (graphisme, making of) ?
Il est vrai qu’on se penche pas mal, et notre label aussi, vers tout l’univers visuel.
Je travaille le graphisme, et pour les vidéos il nous arrive de joindre des gens qu’on a kiffés à travers leur travail et productions.
On a bossé, par exemple avec « Arthur King », car son travail sur Just for Kicks nous a agréablement surpris.
David : En fait chaque chanson est un petit concept. Place 54, c’est un voyage en train, et l’on s’est amusé à mettre des images sur l’univers particulier de l’album.
On a fait d’ailleurs une exposition à Paris y’a pas longtemps; avec 16 titres de l’album illustrés par des artistes, il y en avaient plus de 20, et le tout présenté sur des pochettes vinyles.
Et le choix des featurings ?
Les « guests » ne sont pas prédéfinis, on pense à eux au bon moment et pour le bon morceau. J’ai vu « Tribeca », un pote nantais, en live et j’ai eu un flash : “j’aimerai trop la sampler cette boucle, ça déchire !” On a de belles collaborations à notre actif avec de gros artistes tels que « Magic Malik », flûtiste de jazz reconnu, un véritable extraterrestre !
On a aussi fait appel à « Fred Wesley » ! Ce fut un gros coup de culot de notre part. On voulait un solo de trombone, et on a contacté le meilleur dans ce domaine, tant qu’à faire ! On lui a fait un mail et il a accepté.
Et pour revenir aux invités vocaux ils sont très nombreux. Je pense aux « Procussions », « T-Love », « Omar » … Et au fil des tournées ils sont devenus de réels amis.
Pour conclure : « c’est pas faire un featuring pour faire un featuring »
On a des morceaux et quelque fois il nous manque quelque chose, un élément, et c’est en allant chercher ces personnes là qu’on arrive à remplir la petite case vide.
Nördik Impakt ça vous parle ?
On a déjà entendu parler de ce festival mais on n’y a jamais participé, ni assisté. C’est un festival qui commence à être reconnu en termes de sons électros. On sait seulement que la programmation est mortelle. Mais ce qui est sur c’est que c’est un plaisir de jouer là. On va jouer dans d’excellentes conditions, autant au niveau du son que de la scène. On n’est jamais venu sur Caen, le concert est complet et c’est une bonne surprise ! On est super content de jouer dans le cadre de NI, et de plus aux côtés de « Zenzile ».
Et HP, des anecdotes de festivals ?
20Syl : On a fait les Vielles Charrues en Bretagne, les Franco, le Printemps de Bourges… On a écumé un peu toutes les salles et scènes de France. On pourrait même ajouter qu’on a plus un parcours de groupe de rock que de rap !
David : Hummm… En Angleterre l’an dernier, on avait de la boue jusqu’aux genoux, j’avais jamais vécu ça avant ! Et le Japon (erf !), un truc de fou, un autre monde : séance de taïshi a 9h, puis distribution de lait, et le concert vers 10h/10h30 ! Il y avait 8 à 10 000 personnes devant nous, complètement déchaînés ; suivie d’1h30 de queue pour des autographes. On n’avait jamais vu ça, c’était grandiose ! On a d’ailleurs joué au pied du mont Fuji !!
Un message particulier à adresser au peuple frenchie ?
20Syl : D’abord merci à tous les gens qui nous suivent et qui nous supportent depuis le début (radios locales…), enfin continuez à écouter de la musique et venez au concert ! « C’est important de supporter la musique vivante. »
David : Au plaisir de se voir tout à l’heure au concert, et autre part, à bientôt !
Et pour terminer… quel est le concert de samedi soir qui vous ferait éteindre votre portable ?
20Syl : Justice ; ce n’est pas mon délire sur la longueur mais j’aimerai bien les voir en live, ça à l’air énorme.
& 2 many djs.
David : 2 many djs & DJ krush.
Merja Nieminen, jeune graphiste finlandaise, a collaboré avec les deux artistes et le groupe qui se sont produits jeudi 15 dans le cadre de la soirée “Boréales digitales”. Elle nous parle un peu plus de son travail et des rencontres artistiques qui l’ont marquée.
Comment êtes-vous devenue graphiste ?
J’ai commencé par suivre des cours d’architecture, mais je me suis vite lassé du monde réel. Je me suis peu à peu tourné vers le monde digital en travaillant avec l’animation 3D ; à partir de là, j’ai commencé à m’intéresser à la combinaison du son et de l’animation.
En quoi consiste à proprement parler votre travail ce soir ?
Mon travail consiste avant tout à travailler sur scène avec les différents musiciens. J’importe la musique sur mon ordinateur et je l’utilise pour produire des mouvements à partir d’une base de séquences et d’effets avec un logiciel graphique. Pour ce soir, il y aura un peu plus d’improvisation, étant donné que je viens tout juste de rencontrer les artistes qui se produiront ce soir, ce qui est un défi technique à relever pour moi.
Dans quelle mesure votre travail est-il une illustration de la musique ?
Je n’essaie pas vraiment d’illustrer la musique ; j’essaie avant tout de combiner la musique et l’image pour créer une troisième sensation. Mon but est de casser les limites entre ces deux sens.
Qu’est-ce qui vous a le plus influencé dans votre travail ?
J’ai toujours considéré l’espace comme point de départ dans mon travail, c’est ce qu’il me reste de mes études d’architecture ; c’est à partir de ce facteur spatial que je me fais des combinaisons. Zara Hadid [architecte irakienne installée à Londres] m’a beaucoup inspirée avec son oeuvre organique autour du réel. En Finlande, la tendance est à l’architecture constructive, où l’on voit très nettement la structure du bâtiment, chose qui à mes yeux n’est pas très intéressante ; j’ai une approche plus formaliste, les formes sont plus importantes que la manière dont le bâtiment est construit. Dans le cas de l’animation, les formes que j’utilise sont construites à partir d’images et de séquences et accompagnent la musique, elles sont travaillées donc on ne voit pas la structure de l’image originale.
En Finlande vous avec travaillé avec de nombreux artistes…
Oui, notamment avec Werner Ilumi, un artiste qui faisait de la musique rythmique avant tout et qui travaille maintenant avec un son ambient. J’ai travaillé avec lui dans le cadre d’un festival de musique électro en Argentine ; avec Marko Pimli aussi, de la Sibelius Academy [immense école de musique d’Helsinki], un musicien un peu plus académique, c’était vraiment intéressant de collaborer avec lui.; puis avec un groupe qui m’invitait à venir sur scène avec eux.
Comment le public finlandais perçoit-il votre travail ?
En Finlande, le media art est très développé, malgré le fait que nous soyons moins nombreux. Tout le monde s’intéresse beaucoup à la technologie, alors qu’en Argentine par exemple, c’est encore très peu connu. Je trouve en tout cas que le public français, même s’il ne connaît pas beaucoup le media art, est plutôt ouvert. J’ai hâte d’être à ce soir !
Propos recueillis et traduits par Alexis Duval
C’était vendredi 16 novembre au Cargö, avec Hocus Pocus, C2C, Beatorrent, Zenzile, Dub-4, Bunny Rabbit & Nördik Krew (Tonton, R-Franck, KOD 303, Brusco).
La soirée était complète dès l’ouverture !